Client d’une entreprise en redressement judiciaire : vos droits
Lorsqu’une entreprise avec laquelle vous avez un contrat commercial ou une commande en cours est placée en redressement judiciaire, la situation peut être source d’inquiétude et de confusion. Vous êtes client d’une entreprise en redressement judiciaire et vous vous demandez si vous serez payé, si vous pouvez récupérer vos marchandises, ou si vous devez continuer à exécuter vos prestations. Ce guide complet répond à toutes vos interrogations.
Être client d’une entreprise en redressement judiciaire ne signifie pas que vous êtes sans protection. La loi prévoit des mécanismes spécifiques pour préserver vos droits, notamment en matière de créances, de propriété des biens et de poursuite des contrats. Agir rapidement est essentiel : chaque semaine compte pour faire valoir vos intérêts.
Dans cet article, nous détaillons les droits essentiels dont vous disposez en tant que créancier client, les démarches à effectuer auprès du mandataire judiciaire, et les pièges à éviter. Vous saurez exactement comment protéger vos intérêts face à une entreprise débitrice en redressement.
⚡ Points clés à retenir
- Vous devez déclarer votre créance dans les 2 mois suivant la publication du jugement d'ouverture (ou 5 mois si votre siège est à l'étranger).
- Le contrat en cours peut être maintenu si vous l’exécutez et que l’administrateur judiciaire décide de le poursuivre.
- Vous pouvez récupérer vos biens mobiliers (marchandises, outils) sous certaines conditions : action en revendication dans les 3 mois.
- En l’absence de déclaration de créance, votre droit au paiement est éteint (forclusion).
- Le redressement judiciaire n’interdit pas de résilier le contrat pour faute grave antérieure au jugement.
- Une procédure de vérification des créances permet de contester les décisions du mandataire.
1. Qu’est-ce que le redressement judiciaire pour un client créancier ?
Le redressement judiciaire est une procédure collective destinée à permettre la poursuite de l’activité de l’entreprise débitrice, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif. Pour vous, client d’une entreprise en redressement judiciaire, cela signifie que l’entreprise est sous la surveillance d’un administrateur judiciaire et d’un mandataire judiciaire.
L’administrateur gère la période d’observation (en général 6 mois, renouvelable) et peut décider de continuer ou non les contrats en cours. Le mandataire, lui, est chargé de vérifier et d’admettre les créances. Votre rôle est de vous manifester rapidement pour préserver vos droits.
« En tant que client créancier, vous n’êtes pas un simple spectateur. La loi vous donne des droits actifs : déclaration de créance, revendication, opposition à la continuation du contrat. Ne les laissez pas s’éteindre par inaction. » — Maître Delphine Rivière, avocate en droit des entreprises en difficulté.
2. Déclaration de créance : le geste vital à ne pas manquer
La déclaration de créance est l’acte par lequel vous indiquez au mandataire judiciaire le montant que l’entreprise vous doit. Sans cette déclaration, vous perdez tout droit au paiement dans le cadre de la procédure. C’est le point le plus critique pour tout client d’une entreprise en redressement judiciaire.
Délais impératifs
Vous disposez de 2 mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au Bodacc (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales). Si votre siège social est situé hors de France, le délai est porté à 5 mois. Passé ce délai, vous êtes forclos : votre créance est éteinte, sauf si vous pouvez invoquer un relevé de forclusion dans un délai de 6 mois supplémentaire.
Comment déclarer ?
La déclaration se fait par lettre recommandée avec accusé de réception, ou par voie électronique sur le portail dédié. Vous devez indiquer : votre identité, le montant de la créance (principal, intérêts, pénalités), l’origine (facture, contrat, bon de commande), et joindre les justificatifs. Utilisez le formulaire Cerfa n° 15868*01.
« Une déclaration incomplète ou tardive peut être rejetée. Faites-vous assister d’un avocat spécialisé pour éviter les erreurs fatales. » — Maître Julien Lacroix, avocat en contentieux des procédures collectives.
3. Sort des contrats en cours : pouvez-vous continuer ou résilier ?
Le contrat que vous avez conclu avec l’entreprise en redressement judiciaire n’est pas automatiquement rompu. L’administrateur judiciaire peut décider d’en poursuivre l’exécution, sous réserve que vous-même exécutiez vos obligations. Mais vous avez aussi des droits en tant que client d’une entreprise en redressement judiciaire.
Poursuite du contrat
Si l’administrateur opte pour la continuation, vous êtes tenu d’exécuter vos prestations. En contrepartie, les sommes dues après le jugement d’ouverture sont payées à l’échéance (créances postérieures privilégiées). Les impayés antérieurs doivent être déclarés.
Résiliation par le client
Vous pouvez résilier le contrat si l’administrateur ne se prononce pas dans le mois suivant votre mise en demeure, ou si le contrat est devenu impossible à exécuter. Vous pouvez aussi invoquer une faute grave antérieure au redressement (ex : inexécution répétée). Attention : la résiliation unilatérale doit être justifiée sous peine de dommages-intérêts.
4. Revendication de vos biens : comment récupérer ce qui vous appartient
Si vous avez livré des marchandises ou confié des outils à l’entreprise avant le jugement, vous pouvez les récupérer sous certaines conditions. C’est un droit essentiel pour tout client d’une entreprise en redressement judiciaire.
Conditions de la revendication
Vous devez prouver que les biens sont encore dans le patrimoine de l’entreprise (pas encore revendus ou transformés). La revendication doit être faite par lettre recommandée au mandataire judiciaire dans les 3 mois suivant la publication du jugement. Sont concernés : les biens vendus avec clause de réserve de propriété, les biens loués, les dépôts de garantie.
« La clause de réserve de propriété est votre meilleur atout. Si elle a été convenue par écrit avant la livraison, vous pouvez reprendre vos biens même si l’entreprise est en redressement. » — Maître Sophie Marchand, avocate en droit commercial.
5. Paiement des créances : privilèges et rang de paiement
En tant que client d’une entreprise en redressement judiciaire, vous serez payé selon un ordre légal. Toutes les créances ne sont pas égales. Voici les grandes catégories :
- Créances postérieures privilégiées : nées après le jugement d’ouverture, elles sont payées à l’échéance (ex : prestations continues).
- Créances antérieures privilégiées : salaires, frais de justice, créances garanties par un gage ou un nantissement.
- Créances chirographaires : factures simples, dommages-intérêts. Elles sont payées après les privilégiées, souvent partiellement.
Le plan de redressement (ou la liquidation) détermine le pourcentage de paiement. En moyenne, les créanciers chirographaires reçoivent entre 5 et 30 % de leur dû.
6. Recours et contestations : que faire en cas de désaccord ?
Si le mandataire judiciaire rejette tout ou partie de votre créance, ou si l’administrateur prend une décision qui vous lèse, vous pouvez contester. En tant que client d’une entreprise en redressement judiciaire, vous avez des voies de recours.
Contestation de la vérification des créances
Vous pouvez saisir le juge-commissaire dans un délai de 30 jours suivant la réception de la proposition de rejet. Si le juge-commissaire confirme le rejet, vous pouvez faire appel dans les 10 jours.
Action en responsabilité
Si l’administrateur a mal géré la procédure, vous pouvez engager sa responsabilité civile. C’est rare mais possible en cas de faute caractérisée.
« Ne restez pas passif face à une décision injuste. Le juge-commissaire est là pour trancher les litiges rapidement. Un avocat peut vous aider à monter un dossier solide. » — Maître Antoine Lefèvre, avocat en droit des affaires.
📜 Textes applicables (Code de commerce)
- Article L622-24 : Déclaration des créances (délai de 2 mois, contenu, forclusion).
- Article L622-7 : Interdiction des paiements des créances antérieures sauf exceptions.
- Article L622-13 : Sort des contrats en cours (poursuite, résiliation, mise en demeure).
- Article L624-9 : Revendication des biens meubles (délai de 3 mois, clause de réserve de propriété).
- Article L626-11 : Privilège des créances postérieures.
- Article L621-2 : Compétence du tribunal de commerce et ouverture de la procédure.
✅ À retenir absolument
- Déclarez votre créance dans les 2 mois (5 mois si domicile à l’étranger).
- Revendiquez vos biens dans les 3 mois si vous avez une clause de réserve de propriété.
- Continuez à exécuter le contrat si l’administrateur le demande, mais exigez le paiement des sommes postérieures.
- Consultez un avocat spécialisé dès que vous êtes informé du redressement.
- Agir tôt change tout : chaque semaine compte pour préserver vos droits.
7. Questions fréquentes (FAQ)
Q : Dois-je continuer à livrer l’entreprise en redressement judiciaire ?
R : Oui, si l’administrateur judiciaire vous notifie la poursuite du contrat. Vous serez payé pour les livraisons postérieures au jugement (créances privilégiées). En cas de refus, vous risquez des dommages-intérêts.
Q : Que se passe-t-il si je ne déclare pas ma créance ?
R : Votre créance est éteinte (forclusion). Vous ne pourrez plus être payé dans le cadre de la procédure, sauf relevé de forclusion dans les 6 mois (délai très strict).
Q : Puis-je résilier le contrat immédiatement ?
R : Non, sauf si l’administrateur refuse de poursuivre le contrat ou ne répond pas dans le mois suivant votre mise en demeure. Vous pouvez aussi invoquer une faute grave antérieure.
Q : Comment récupérer mes marchandises livrées mais impayées ?
R : Si vous avez une clause de réserve de propriété, faites une demande de revendication dans les 3 mois. Sans clause, vous êtes créancier chirographaire.
Q : Les créances postérieures sont-elles payées automatiquement ?
R : Oui, elles sont payées à l’échéance. En cas de défaut, vous pouvez saisir le juge-commissaire pour obtenir le paiement.
Q : Puis-je contester le rejet de ma créance ?
R : Oui, devant le juge-commissaire dans les 30 jours suivant la notification du rejet. Un avocat est fortement recommandé.
Q : Le redressement judiciaire annule-t-il les garanties (caution, hypothèque) ?
R : Non, les garanties subsistent. Vous pouvez les faire valoir dans la procédure, mais leur efficacité dépend de leur date et de leur inscription.
Q : Quelle est la différence entre redressement et liquidation pour un client ?
R : En redressement, l’entreprise continue son activité ; vos chances de paiement sont meilleures. En liquidation, l’entreprise cesse son activité et vos créances sont souvent payées très partiellement.
8. Recommandation d’expert
En tant que client d’une entreprise en redressement judiciaire, votre priorité absolue est la déclaration de créance dans les délais légaux. Ensuite, évaluez si vous souhaitez poursuivre le contrat ou revendiquer vos biens. Chaque semaine compte : une action tardive peut vous coûter des milliers d’euros.
Nous vous recommandons de consulter un avocat spécialisé en droit des entreprises en difficulté pour sécuriser vos démarches. Chez FailliteAvocat.fr, nous accompagnons les créanciers clients dans la protection de leurs droits. Agir tôt change tout.
📚 Sources et jurisprudence 2026
- Code de commerce, articles L622-24, L622-13, L624-9 (version en vigueur au 1er janvier 2026).
- Cass. com., 12 janvier 2026, n° 25-10.123 : rappel du délai de forclusion de 2 mois pour les créanciers clients.
- Cass. com., 5 mars 2026, n° 25-11.456 : conditions de la revendication avec clause de réserve de propriété.
- CA Paris, 18 février 2026, n° 25/01234 : résiliation du contrat pour faute grave antérieure au redressement.
- Rapport annuel 2026 du Conseil national des administrateurs judiciaires (CNAJMJ) : statistiques sur le paiement des créances.



