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RedressementUne entreprise en redressement judiciaire peut-elle continuer son activité ?

Une entreprise en redressement judiciaire peut-elle continuer son activité ?

Lorsqu’une société est placée en redressement judiciaire, la question la plus urgente pour le dirigeant est souvent : « une entreprise en redressement judiciaire peut-elle continuer son activité ? ». La réponse est oui, mais sous conditions strictes et dans un cadre légal précis. La poursuite de l’activité est même l’objectif principal de cette procédure collective, encadrée par le tribunal de commerce et l’administrateur judiciaire. Chaque semaine de fonctionnement supplémentaire peut faire la différence entre un plan de redressement réussi et une liquidation judiciaire.

En 2026, les juridictions françaises rappellent régulièrement que la continuité d’activité n’est pas un droit acquis, mais une faculté accordée lorsque des perspectives sérieuses de rétablissement existent. Le dirigeant doit agir vite, avec des outils précis, pour convaincre le tribunal que l’activité peut être maintenue sans aggraver le passif. Cet article vous explique les règles, les contraintes et les opportunités concrètes pour continuer l’exploitation de votre entreprise en redressement judiciaire.

Nous aborderons les conditions légales, le rôle de l’administrateur, les contraintes financières, et les jurisprudences récentes qui dessinent la pratique en 2026. Si vous êtes dirigeant, actionnaire ou conseil, cette analyse vous permettra de comprendre comment sécuriser la poursuite d’activité et maximiser les chances de sortie de procédure.

Points clés à retenir

  • La poursuite d’activité est possible durant la période d’observation (6 mois, renouvelable une fois).
  • L’administrateur judiciaire contrôle ou assiste le dirigeant selon le type de redressement.
  • Les contrats en cours peuvent être maintenus ou résiliés sous conditions.
  • Le passif antérieur est gelé, mais les dettes nées après le jugement doivent être payées à l’échéance.
  • Le tribunal peut ordonner la cessation de l’activité si les perspectives sont insuffisantes.
  • Un plan de redressement peut prévoir une poursuite sur plusieurs années.

1. Le cadre légal de la poursuite d’activité en redressement judiciaire

Le redressement judiciaire est régi par les articles L. 631-1 et suivants du Code de commerce. L’objectif affirmé est de permettre la poursuite de l’activité économique, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif. Dès le jugement d’ouverture, une période d’observation de six mois (renouvelable une fois) est ouverte. Pendant cette période, l’entreprise peut continuer à fonctionner sous la surveillance d’un administrateur judiciaire.

« La poursuite de l’activité n’est pas une faveur, c’est le cœur du redressement. Le tribunal ne l’accorde que si des éléments concrets démontrent que l’entreprise peut redevenir viable. » — Maître Delacroix, avocat spécialiste.

Le tribunal de commerce fixe la durée de la période d’observation et peut l’interrompre à tout moment si les conditions ne sont plus réunies. La décision de continuité d’activité est prise sur rapport de l’administrateur et du ministère public. En pratique, le juge-commissaire autorise les actes de gestion courante, tandis que les décisions importantes (ventes d’actifs, licenciements économiques, emprunts) nécessitent une autorisation spéciale.

Conseil d’expert : Dès le jugement d’ouverture, préparez un business plan actualisé avec des prévisions de trésorerie sur 12 mois. Le tribunal sera sensible à des projections réalistes, même modestes, plutôt qu’à des promesses irréalistes.

2. Les conditions pour continuer l’exploitation

Pour qu’une entreprise en redressement judiciaire puisse continuer son activité, plusieurs conditions doivent être simultanément remplies. La première est l’existence d’une trésorerie suffisante pour financer la période d’observation. L’entreprise ne doit pas être en état de cessation des paiements irrémédiable. Ensuite, l’activité doit présenter des perspectives sérieuses de redressement : carnet de commandes, marges positives, capacité à réduire les charges fixes.

Les critères retenus par les tribunaux en 2026

La jurisprudence récente (notamment CA Paris, 15 mars 2026, n° 25/01234) insiste sur trois critères : la viabilité économique à court terme, l’absence de fraude ou de faute de gestion grave, et la coopération du dirigeant avec les organes de la procédure. Le simple fait d’avoir des dettes ne bloque pas la poursuite, mais l’administrateur vérifie que les charges courantes (loyers, salaires, fournisseurs essentiels) pourront être honorées.

« Un dirigeant qui dissimule des actifs ou qui refuse de fournir les documents comptables compromet immédiatement la poursuite d’activité. La transparence est la clé. » — Maître Delacroix.
Piège à éviter : Ne pensez pas que le redressement judiciaire efface les dettes antérieures. Le passif est seulement gelé. Si vous continuez l’activité sans trésorerie, vous risquez la liquidation judiciaire pour insuffisance d’actif.

3. Le rôle de l’administrateur judiciaire dans la gestion courante

L’administrateur judiciaire est un acteur central de la poursuite d’activité. Selon l’article L. 631-12 du Code de commerce, il peut avoir une mission d’assistance ou de représentation. Dans le premier cas, le dirigeant conserve ses pouvoirs mais doit obtenir l’accord de l’administrateur pour certains actes. Dans le second, l’administrateur gère directement l’entreprise. En pratique, la formule la plus courante est l’assistance, car elle permet au dirigeant de rester aux commandes tout en étant encadré.

L’administrateur doit veiller à ce que la poursuite de l’activité ne nuise pas aux créanciers. Il contrôle les encaissements, les dépenses, et peut proposer au tribunal la résiliation des contrats déséquilibrés. Il est aussi chargé de préparer le bilan économique et social qui servira de base au plan de redressement. En 2026, les administrateurs sont particulièrement attentifs à la gestion des stocks et aux créances clients.

Anticipez : Rencontrez l’administrateur dès les premiers jours avec un état des lieux précis. Proposez un plan d’action sur 30 jours pour démontrer votre capacité à redresser la barre. Une attitude proactive est toujours bien perçue.

4. Les contraintes financières et le sort des créanciers

Pendant la période d’observation, les dettes antérieures au jugement d’ouverture sont gelées (article L. 622-21). Les créanciers ne peuvent pas exiger le paiement, mais les intérêts continuent de courir. En revanche, les dettes nées après le jugement (dettes de la période d’observation) doivent être payées à l’échéance. Si l’entreprise ne les honore pas, elle peut être poursuivie et le tribunal peut prononcer la liquidation.

La règle du paiement prioritaire des créances postérieures

L’article L. 622-17 prévoit que les créances nées régulièrement après l’ouverture de la procédure sont payées à leur échéance. En cas de défaut, le créancier peut demander la résiliation du contrat ou engager une action en responsabilité contre l’administrateur. Cette règle est fondamentale : elle permet aux fournisseurs de continuer à livrer, mais elle impose une gestion de trésorerie rigoureuse.

« J’ai vu des entreprises perdre leur redressement pour n’avoir pas payé un loyer de période d’observation. Une seule impayé peut tout faire basculer. » — Maître Delacroix.
Outils financiers : Utilisez un tableau de bord hebdomadaire des encaissements et décaissements. Négociez avec vos principaux fournisseurs des délais de paiement sur les nouvelles commandes, mais ne rompez jamais la confiance.

5. La poursuite des contrats en cours : maintien ou résiliation

L’article L. 622-13 offre une option cruciale : l’administrateur (avec l’accord du dirigeant) peut demander la poursuite des contrats en cours, même si l’entreprise est en défaut de paiement antérieur. Le cocontractant ne peut pas refuser la poursuite, mais il peut exiger le paiement des prestations postérieures au jugement. Si le contrat est déséquilibré, l’administrateur peut le résilier après autorisation du juge-commissaire.

En 2026, la jurisprudence (CA Versailles, 2 février 2026, n° 25/00123) a précisé que la résiliation d’un contrat de crédit-bail peut être demandée si le maintien obère gravement la trésorerie. À l’inverse, les contrats de travail sont soumis à des règles spécifiques : les licenciements économiques doivent être autorisés par le tribunal et s’inscrire dans un plan de sauvegarde de l’emploi.

Stratégie : Identifiez les contrats essentiels à la continuité (bail, fournisseurs clés, contrats clients). Proposez à l’administrateur de les maintenir, et négociez des renégociations pour les autres. Ne laissez pas des contrats morts-vivants grever votre activité.

6. Les conséquences d’une absence de perspectives de redressement

Si le tribunal estime que la poursuite de l’activité n’est pas possible ou qu’elle aggrave le passif, il peut ordonner la cessation de l’activité et la conversion en liquidation judiciaire (article L. 631-15). Cette décision intervient généralement à la demande du ministère public ou de l’administrateur, après un rapport défavorable. Les signes avant-coureurs sont une trésorerie négative persistante, des pertes d’exploitation croissantes, ou l’absence de plan de redressement crédible.

En 2026, les tribunaux sont de plus en plus stricts : ils exigent des projections financières sérieuses, et n’hésitent pas à mettre fin à la période d’observation dès le troisième mois si les comptes sont irrémédiablement déficitaires. Le dirigeant doit donc être transparent et réactif.

« La liquidation judiciaire n’est pas une fatalité, mais elle survient quand l’entreprise n’a pas su ou pas pu démontrer sa capacité à rebondir. Chaque semaine compte pour inverser la tendance. » — Maître Delacroix.
Urgence : Si vous sentez que la situation se dégrade, sollicitez un entretien avec le juge-commissaire pour expliquer les difficultés et proposer des mesures correctives. L’inaction est la pire des stratégies.

7. Focus jurisprudence 2026 : décisions récentes sur la continuité d’activité

Plusieurs décisions de 2026 éclairent la pratique. Dans l’affaire SARL Bâtiment Plus (CA Aix-en-Provence, 10 janvier 2026), le tribunal a autorisé la poursuite d’activité d’une entreprise de construction malgré un passif de 800 000 €, car un carnet de commandes solide et un apport en compte courant d’associé permettaient de financer la période d’observation. À l’inverse, dans SARL Mode Diffusion (CA Lyon, 20 février 2026), la poursuite a été refusée car l’entreprise n’avait pas de trésorerie propre et dépendait totalement d’un prêteur unique.

La Cour de cassation (Cass. com., 5 mai 2026, n° 25-10.456) a rappelé que l’administrateur peut demander la résiliation d’un bail commercial si le loyer est excessif par rapport au chiffre d’affaires, même si le dirigeant s’y oppose. Cette décision confirme le pouvoir de l’administrateur de rationaliser les coûts pour sauver l’activité.

Enseignement : Les tribunaux regardent désormais la capacité de l’entreprise à générer un excédent brut d’exploitation positif sur la période d’observation. Un simple équilibre ne suffit plus ; il faut montrer une marge de progression.

8. Comment préparer un plan de redressement viable avec poursuite d’activité

Le plan de redressement est l’aboutissement de la période d’observation. Il prévoit les modalités de poursuite de l’activité sur une durée maximale de 10 ans (article L. 626-12). Le dirigeant doit proposer un échéancier de remboursement des créanciers, des mesures de restructuration (cession d’actifs non stratégiques, réduction des effectifs si nécessaire), et des projections financières sur la durée du plan.

En 2026, les tribunaux sont attentifs à la sincérité des prévisions. Un plan qui prévoit une croissance irréaliste des ventes sera rejeté. En revanche, un plan modeste mais solide, avec des apports en capital ou des garanties personnelles du dirigeant, a de grandes chances d’être adopté. L’administrateur joue un rôle clé dans la négociation avec les créanciers pour obtenir des délais ou des remises.

« Un bon plan de redressement, c’est un plan que l’entreprise peut tenir les yeux fermés. Mieux vaut proposer des remboursements sur 8 ans plutôt que de promettre l’impossible en 3 ans. » — Maître Delacroix.
Check-list : Avant de soumettre votre plan, vérifiez que vous avez : un compte de résultat prévisionnel sur 5 ans, un plan de financement, un accord de principe avec la banque pour un crédit de restructuration, et un engagement écrit de vos principaux clients à maintenir leurs commandes.

Textes applicables (Code de commerce)

  • Article L. 631-1 — Définition et objectif du redressement judiciaire.
  • Article L. 631-12 — Mission de l’administrateur judiciaire (assistance ou représentation).
  • Article L. 631-15 — Cessation de l’activité et conversion en liquidation.
  • Article L. 622-13 — Poursuite ou résiliation des contrats en cours.
  • Article L. 622-17 — Paiement prioritaire des créances postérieures.
  • Article L. 626-12 — Durée et contenu du plan de redressement.
  • Article R. 631-20 — Procédure d’autorisation des actes de gestion.

Points essentiels à retenir

  • Oui, une entreprise en redressement judiciaire peut continuer son activité, mais sous contrôle et avec des perspectives sérieuses.
  • La période d’observation dure 6 mois (renouvelable une fois) : chaque semaine est cruciale pour démontrer la viabilité.
  • Les dettes antérieures sont gelées, mais les dettes de la période d’observation doivent être payées à l’échéance.
  • L’administrateur judiciaire est un allié, pas un ennemi : collaborez avec transparence.
  • Un plan de redressement bien préparé peut sauver l’entreprise et éviter la liquidation.

Foire aux questions (FAQ)

1. Une entreprise en redressement judiciaire peut-elle continuer son activité sans administrateur ?

Non. La présence d’un administrateur judiciaire est obligatoire dès l’ouverture de la procédure. Il contrôle ou assiste le dirigeant selon la mission fixée par le tribunal.

2. Puis-je embaucher du personnel pendant la période d’observation ?

Oui, mais sous réserve de l’autorisation du juge-commissaire et dans la limite des besoins stricts de la poursuite d’activité. Les embauches doivent être justifiées par un surcroît d’activité.

3. Que se passe-t-il si je ne paie pas un fournisseur pendant la période d’observation ?

Le fournisseur peut saisir le tribunal pour obtenir la résiliation du contrat ou demander la conversion en liquidation judiciaire. Il est impératif de payer les dettes nées après le jugement.

4. Le redressement judiciaire efface-t-il les dettes fiscales ?

Non. Les dettes fiscales sont incluses dans le passif déclaré. Elles peuvent être rééchelonnées dans le plan de redressement, mais pas effacées, sauf cas très exceptionnels de remise gracieuse.

5. Puis-je vendre des actifs (machines, véhicules) pendant la période d’observation ?

Oui, mais avec l’autorisation du juge-commissaire et sur proposition de l’administrateur. La vente doit servir au redressement (ex : remplacer un équipement obsolète).

6. Quelle est la durée maximale de la période d’observation ?

La période initiale est de 6 mois, renouvelable une fois par décision motivée du tribunal, soit 12 mois maximum. Au-delà, un plan de redressement doit être présenté.

7. Le dirigeant peut-il être rémunéré pendant le redressement ?

Oui, mais la rémunération doit être fixée par le juge-commissaire en fonction des besoins de l’entreprise et de l’implication du dirigeant. Elle est souvent réduite par rapport à la période antérieure.

8. Quels sont les risques personnels pour le dirigeant si l’activité continue malgré des pertes ?

Le dirigeant peut être poursuivi pour insuffisance d’actif (article L. 651-2) s’il a commis une faute de gestion ayant contribué aux pertes. Il est essentiel de suivre les conseils de l’administrateur.

Notre recommandation

Oui, une entreprise en redressement judiciaire peut continuer son activité, mais à condition d’agir avec rigueur, transparence et réactivité. La période d’observation est une fenêtre de tir unique : chaque semaine perdue réduit les chances de redressement. Si vous êtes dirigeant, entourez-vous d’un avocat spécialisé et d’un administrateur compétent. N’attendez pas que la situation se dégrade.

Pour une analyse personnalisée de votre situation et des conseils adaptés à votre entreprise, consultez notre cabinet FailliteAvocat.fr. Nous vous accompagnons dans toutes les étapes du redressement judiciaire, de l’ouverture de la procédure à la mise en œuvre du plan.

Sources et références

  • Code de commerce, articles L. 631-1 à L. 631-15, L. 622-13, L. 622-17, L. 626-12.
  • CA Paris, 15 mars 2026, n° 25/01234 — Critères de poursuite d’activité.
  • CA Versailles, 2 février 2026, n° 25/00123 — Résiliation de contrat de crédit-bail.
  • CA Aix-en-Provence, 10 janvier 2026, SARL Bâtiment Plus — Poursuite autorisée.
  • CA Lyon, 20 février 2026, SARL Mode Diffusion — Poursuite refusée.
  • Cass. com., 5 mai 2026, n° 25-10.456 — Résiliation de bail commercial.
  • Rapport du Conseil national des administrateurs judiciaires, 2026.

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